Message de votre évêque Noël pour l’année pastorale 2020-2021

 

Chères diocésaines, chers diocésains,

 

            Depuis trois ans, nous avons centré notre action et notre vie pastorale sur l’Église en sortie et sur la nécessité de rejoindre nos frères et sœurs qui vivent aux périphéries de notre monde, de notre Église, de nos cœurs. Nous avons été conviés à sortir avec foi, avec espérance, avec charité. Cette année et pour les deux prochaines années à venir, nous continuerons, comme disciples missionnaires, à travailler à être une Église en sortie. Mais cette fois-ci, notre réflexion et notre action s’orienteront et s’établiront sur cette charte du Royaume de Dieu que sont les Béatitudes énoncées par Jésus.

           

            Être heureux, être heureuse, voilà une aspiration fondamentale et universelle. Au service du bonheur de l’être humain, les Béatitudes expriment et mettent en œuvre cet amour de Dieu et celui du prochain qui ne sont dans l’évangile qu’un seul amour. Si nous voulons atteindre le vrai bonheur, nous sommes appelés à nous mettre à l’école du Maître qui nous propose les béatitudes comme chemin de conversion et de sainteté. 

           

            Pour l’année pastorale 2020-2021, notre thème sera : « Pour créer le bonheur, j’ai une parole qui console » en référence à la béatitude dite des larmes « Heureux les affligés, car ils seront consolés » (Mt 5,5). Certains expriment un malaise face à cette béatitude car, disent-ils, elle encourage la soumission dans les épreuves ou la résignation devant la souffrance et le mal. Les larmes, comme telles, ne sont pas à rechercher mais la souffrance existe : jour après jour, nuit après nuit, monte de la terre une longue plainte.  Nous pouvons nous croire préservés des larmes mais nous ne pouvons nier les larmes des autres. Comme nous le rappelle le pape François, « le monde ne veut pas pleurer; il préfère ignorer les situations douloureuses, les dissimuler, les cacher ». La pandémie de la COVID-19 qui a bouleversé le monde entier nous a mis en pleine figure le drame de la souffrance et du mal. Nous ne pouvons pas masquer la réalité et fuir les situations douloureuses causées par la pandémie : pertes d’emploi, confinement qui a créé isolement et angoisse, mort d’êtres chers, etc. En nous forçant à affronter les larmes et la souffrance des autres, la pandémie nous a aussi conduits à développer plus de compassion et de solidarité.  En effet, en nous laissant transpercer par la douleur des autres, en pleurant dans notre cœur, en comprenant les angoisses de milliers de frères et sœurs en humanité, en nous approchant de l’autre jusqu’à toucher sa blessure, nous avons appris que nous sommes unis dans une commune souffrance et que dans le fond les distances s’estompent.

           

            Les larmes ont un lien avec le mal, et surtout avec le mal causé par le péché. Par sa mort et sa résurrection, Jésus a remporté la victoire sur le péché. Et durant sa vie terrestre, Jésus a guéri d’innombrables affligés et leur a offert la consolation qu’ils cherchaient, celle de la guérison de leurs cœurs. Pour Jésus, la guérison des corps n’est qu’un signe d’une guérison plus profonde, à savoir le salut des âmes.  S’il y a des larmes à verser, ce sont celles du repentir. Comme la femme pécheresse entrée chez Simon le pharisien pour se tenir en pleurs (Luc 7,38), comme Pierre qui « pleura amèrement » (Mt 26,75) après son reniement, pleurons notre péché qui a blessé l’amour de Dieu.

           

            Touché aux entrailles par le mal qui accablait physiquement ou moralement tant de gens, Jésus a touché l’aveugle pour lui redonner la vue, le paralytique pour le remettre debout, le sourd-muet pour libérer la parole et rétablir la communication, son ami Lazare pour lui redonner vie. Et pour continuer son œuvre, Jésus a besoin de nous. La consolation promise par Jésus passe par notre engagement à enrayer la maladie, la pauvreté, l’injustice, l’angoisse. Devant l’immensité de la tâche, nous pouvons perdre cœur. Nous voyons mieux que jamais l’injustice qui opprime les pauvres, les persécutions qui torturent les consciences, les migrations qui déracinent tant de familles; nous voyons les guerres, les mensonges, les violences conjugales et familiales, les catastrophes naturelles ou humaines comme les explosions à Beyrouth. Nous savons et voyons tout cela et nous ne pouvons presque rien; nous sommes impuissants à soulager toute cette misère. Se résigner, se désoler ne sert à rien. Il faut agir. Le Christ a pris sur lui toutes les souffrances de l’humanité et veut que nous les prenions et les portions, une par une, par lui et avec lui.  A nous d’entendre le cri qui monte de tant de poitrines, d’apporter lumière dans l’obscurité et d’offrir un sens dans l’amour. Les larmes ne sont pas inutiles. Cette maladie, ce deuil, cet échec, cette incertitude angoissante devant le lendemain, cette solitude inhumaine, cet accident apparemment stupide, cette déchéance ou détérioration du corps ou de l’esprit, tout cela n’est pas perdu et sert en autant que nous y trouvions un sens qui éclaire et une présence d’amour qui soutient, console, réconforte et élargit le cœur. Souffrir, non plus pour soi-même, mais pour les autres. Prendre sa croix, chaque jour, est impossible pour un disciple du Christ, si elle ne contient la croix des autres. D’ailleurs, c’est en pleurant avec ceux qui pleurent que beaucoup ont découvert le sens que Dieu veut donner à leurs propres larmes et douleurs.

           

            Enfin les larmes de cette béatitude réfèrent sans aucun doute aux pleurs versés à la suite de la mort d’un être cher. La pandémie a fauché la vie de tant d’êtres qui nous étaient proches ou devenus proches par les réseaux sociaux. Ces larmes s’expliquent en raison des liens d’affection ou d’amitié avec le défunt et posent la question du pourquoi de la séparation. Sans atténuer la douleur de la séparation, notre foi offre l’espérance d’un bonheur éternel et de retrouvailles dans la demeure de Dieu. Au sein même de la peine de l’absence jaillit la joie de la présence retrouvée car « Dieu essuiera toute larme de leurs yeux » (Apocalypse 21, 3-4).


            En cette année pastorale, créons du bonheur en luttant contre le mal causé par le péché, tant en nous qu’autour de nous; soyons des consolatrices et des consolateurs par nos paroles, nos gestes et tout notre être; avec Jésus, travaillons à la guérison des cœurs brisés et à la consolation de tant de familles en deuil.  Laissons-nous toucher par les larmes des autres et osons toucher leurs blessures. Comme le dit si bien un hymne de Michel Scouarnec :  

       

« Si la souffrance t’a fait pleurer des larmes de sang

Tu auras les yeux lavés

Alors tu pourras prier avec ton frère en croix ».

           

            Pour créer du bonheur, que l’Esprit consolateur nous guide et nous éclaire et que Marie notre Mère vienne à notre secours!

+ Noël, évêque



Célébrations liturgiques


 



 



Illustration : Marie-Hélène Bochud

Vivaldi, le Prete Rosso

            Fort est à parier que peu d’entre vous connaissaient Vivaldi, le célèbre compositeur des Quatre saisons, comme un homme de foi. Descendant d’une famille catholique, il est tonsuré à quinze ans. Si, à l’origine, ses parents l’ont envoyé au séminaire plutôt par désir d’ascension sociale que par piété, il est plutôt difficile de douter de la foi du compositeur lui-même.

            Il s’écoule dix ans avant que Vivaldi accède à la prêtrise, dix années pendant lesquelles les tests et les confrontations se succèdent. Est-il réellement fait pour la prêtrise ? A-t-il cette foi solide qui lui sera nécessaire ? Voilà ce que ses supérieurs tentent de déterminer.

            Finalement, à 25 ans, il reçoit l’ordination sacerdotale. Cependant, le ciel s’assombrit quelque peu pour lui. Après aussi peu que deux ans, il réalise qu’il doit abandonner la célébration de la messe : il souffre d’asthme, ce qui lui nuit beaucoup lors des célébrations.

            Peut-être était-ce là un signe que sa destinée était ailleurs. Sans abandonner la prêtrise, il se fait embaucher à l’hospice vénitien La Pietà, où il travaille une bonne partie de sa vie comme enseignant, chef de chœur, maitre de violon et compositeur pour de jeunes orphelines.

            Vivaldi compose un répertoire immense de près de 650 œuvres. La plupart d’entre elles sont sacrées. Ses compositions ne sont pas un travail, mais plutôt un acte de foi. Il y met son cœur, sa rigueur, sa foi. Les musicologues Marc Pincherle et Roger-Claude Travers s’entendent pour dire que sa musique est sincère, attachante et très humaine.

            Il travaille sans relâche, compose des musiques différentes pour les messes du dimanche, enseigne aux jeunes filles la foi et la musique. Il ne cessera jamais de s’émerveiller de la beauté divine de la musique et de ce don immense que Dieu nous a fait à travers la musique.

 

Extrait d’un texte de Frédérique Francoeur, La foi composée,

publié dans Le Verbe, 5 août 2020

 




Si nous prenons soin des biens que le Créateur nous donne, si nous mettons en commun ce que nous possédons afin que personne ne manque de rien, alors nous pourrons vraiment inspirer l'espérance pour générer un monde plus sain et plus juste.


Le Jubilé pour la Terre est un temps pour réparer l’harmonie originelle de la création et pour assainir des rapports humains compromis.

François@Pontifex fr, 26 août et 1er septembre 2020